Lorsque, dans les années cinquante, Robert Volmat rencontre Claude Wiart dans le service du Pr Delay dont il était l’assistant à l’hôpital Sainte-Anne, il venait de vivre le dernier acte d’une longue aventure épistémologique. Elle avait débuté en 1793 lorsque, à la fin du grand enfermement, les médecins héritèrent des fous et que Pinel, par un geste devenu légendaire, libéra les aliénés de leurs chaines. Le XIXe siècle a vu naître alors un objet culturel inclassable, le « dessin de fou ». Son destin a suivi des chemins erratiques au gré des tentatives d‘adoption qui ne lui ont pas manqué, déclenchant de nombreuses polémiques qui se poursuivent encore aujourd’hui, par exemple autour de l’art brut.
Si les artistes s’en sont emparés, les médecins en ont fait l’objet d’une spécialité, la psychopathologie de l’expression, dont les travaux ont pris rang parmi les énoncés de la clinique psychiatrique naissante. En 1950, l’exposition d’art psychopathologique qui s’est tenue lors du premier congrès mondial de psychiatrie à Paris a été l’aboutissement de ces travaux. Lui consacrant sa thèse publiée dans son ouvrage de référence « L’art psychopathologique », le professeur Volmat a réuni une bibliographie impressionnante au service de l’histoire au moment même où elle basculait. Car la date de 1950 est une date pivot, le moment où s’opère une mutation dont le Pr Volmat fut le pionnier : surgies du fond des asiles, animées d’un pouvoir étrange, des images ont traversé les murs de l’exclusion pour venir témoigner d’un travail psychique qu’une vision purement déficitaire de la folie avait occulté.
L’art-thérapie est née de cette brèche d’abord ouverte par les patients eux-mêmes. La dynamique psychique qui s’engage dans l’acte de création ouvrait la perspective d‘un possible outil thérapeutique. Robert Volmat la mit en œuvre, en 1954, en créant à Sainte-Anne les premiers ateliers thérapeutiques au sein d’une psychiatrie interpelée par la philosophie et par le monde artistique, bousculée par la psychanalyse et par l’arrivée des neuroleptiques. Un nouveau chef de clinique arrivait dans le service du Pr Delay, le Dr Claude Wiart. Sa rencontre avec le Pr Volmat fut décisive pour la suite de l’histoire : liés par une passion commune, leur amitié et leur collaboration ne furent interrompues que par la mort du Pr Volmat, 40 ans plus tard.
Lorsque le Pr Volmat fut nommé chef de service à Besançon en 1963, Claude Wiart poursuivit à Sainte-Anne, au sein du Centre d’Étude de l‘Expression, ce que le Pr Volmat avait entrepris et tous deux continuèrent d’animer la recherche, en France et à l’international, dans le cadre des sociétés savantes qu’ils avaient créées : les sociétés internationale et française de psychopathologie de l’expression. En 1997, lors d’un congrès commun, les deux sociétés prirent acte de la naissance d’une nouvelle profession et ajoutèrent « et d’art-thérapie » à leurs noms respectifs . Avec le développement des ateliers et l’apparition de pratiques diversifiées, la réflexion et la recherche s’imposaient car il restait, et cela nous incombe encore, à expliquer en quoi et pourquoi l’art-thérapie peut prendre place dans les pratiques de soin en psychiatrie. Parler de médiations thérapeutiques suppose de s’entendre sur ce qu’il s’agit de médiatiser — non sans provoquer de nouvelles et nombreuses questions qui sont tout à la fois épistémologiques et éthiques.
Parmi les problèmes posés, il y avait le devenir des œuvres créées dans ces ateliers. S’appuyant sur la conception de Condorcet d’un patrimoine incluant les marges, Claude Wiart créa la Section du patrimoine au sein de la SFPE en 1993 pour y réfléchir. Très vite, elle fut submergée par des demandes de solutions concrètes de conservation. Ainsi s’est constitué un fonds d’œuvres de patients du XXe siècle dont nous avons proposé le dépôt au LaM qui l’a accepté en 2013. Outre les conditions idéales de conservation, le musée offrait aux patients l’hospitalité de la maison commune.
Dès le début, la SFPE-AT s’est donné pour mission d’organiser deux journées d’étude annuelles, en automne à Paris et en province au printemps. D’abord composée de communications libres, elles sont devenues progressivement thématiques. Les publications ont été accueillies dans quelques revues, puis ont été soutenues pendant plusieurs années par les laboratoires (Spécia puis Sandoz). À partir de 1997, le regroupement avec d’autres sociétés savantes médicales a permis l’édition d’une revue commune et enfin, depuis 2010, grâce à Gérard Bouté qui a mis ses compétences professionnelles au service de la Société, nous publions par nous-mêmes notre très belle revue. En 2025, Valérie Barbot a pris la relève et poursuit le travail de Gérard Bouté — et y adjoint notre nouvelle revue numérique « Expression-Médiation-Signe ». Jean-Pierre Martineau, qui en a pris l’initiative, anime désormais son comité de rédaction de 13 membres avec Valérie Deschamps. Les différents sommaires de notre bibliothèque numérique, créée en 2024, retracent l’histoire de nos publications dont la mémoire est ainsi préservée. On y trouve les noms d’auteurs qui furent aussi les présidents de la SFPE-AT, assurant parfois plusieurs mandats :
A. Brauner, J.Ph Catonné, D.J. Duché, G. Ferdière, F. Granier, M. Guibert, P. Moron, G. Reillanne, élue en octobre 2025, G. Roux, S.Schauder, J.G. Veyrat,. Cl. Wiart.
